# Quelle prévoyance choisir pour une activité libérale ?
Lorsque vous exercez une profession libérale, votre protection sociale diffère fondamentalement de celle d’un salarié. En tant que travailleur indépendant, vous ne bénéficiez pas automatiquement d’une couverture prévoyance collective mise en place par un employeur. Cette situation expose votre activité et vos revenus à des risques financiers considérables en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès. La sélection d’un contrat de prévoyance adapté devient alors une décision stratégique majeure pour sécuriser votre situation professionnelle et personnelle. Avec plus de 2,5 millions de professionnels libéraux en France selon l’UNAPL, la question du choix d’une protection appropriée concerne une part significative des actifs français.
Le marché propose une multitude d’offres avec des garanties, des tarifs et des modalités d’indemnisation variables. Entre contrats forfaitaires et indemnitaires, barèmes professionnels ou fonctionnels, franchises courtes ou longues, le professionnel libéral doit naviguer dans un environnement complexe. Comprendre les mécanismes de protection, identifier vos besoins réels et comparer objectivement les solutions disponibles constituent les étapes essentielles pour faire le choix optimal. Cette décision influence directement votre capacité à maintenir votre niveau de vie face aux aléas de santé qui peuvent survenir tout au long de votre carrière.
Les spécificités de la prévoyance pour les professions libérales non réglementées
Les professions libérales non réglementées regroupent des activités très diverses : consultants, formateurs, coachs, graphistes indépendants ou encore développeurs freelance. Contrairement aux professions réglementées comme les médecins, avocats ou architectes, ces professionnels ne bénéficient généralement pas d’une caisse de prévoyance professionnelle structurée. Leur protection repose principalement sur le régime général de la Sécurité sociale, complété éventuellement par la CIPAV pour certains métiers. Cette situation particulière rend la souscription d’une prévoyance complémentaire encore plus indispensable pour éviter une baisse drastique des revenus en cas de problème de santé.
L’absence de couverture obligatoire et ses conséquences financières
Sans protection collective, vous êtes directement exposé aux conséquences financières d’un arrêt d’activité. Le régime obligatoire ne verse que 50% de vos revenus dans la limite d’un plafond de 197,51 euros par jour en 2026, et ce uniquement pendant les 90 premiers jours d’arrêt. Au-delà, certaines caisses prennent le relais, mais pas toutes. Pour un professionnel libéral générant 5000 euros de bénéfices mensuels, l’absence de prévoyance complémentaire signifierait une perte potentielle de plusieurs milliers d’euros chaque mois d’incapacité. Cette situation peut rapidement compromettre le paiement des charges fixes : loyer professionnel, cotisations sociales, emprunts personnels ou frais de vie quotidiens.
Les statistiques montrent qu’un professionnel libéral sur trois connaîtra un arrêt de travail supérieur à 90 jours au cours de sa carrière. Cette probabilité souligne l’importance d’anticiper ce risque dès l’installation. Un arrêt prolongé sans couverture adéquate peut forcer à puiser dans l’épargne personnelle, voire à contracter des dettes pour maintenir le fonctionnement minimal de l’activité.
La prévoyance agit comme un filet de sécurité financier qui préserve votre patrimoine et
la continuité de vos revenus, au moment précis où vous êtes le plus vulnérable. Autrement dit, c’est une manière de transformer un risque lourd et imprévisible en une charge maîtrisée et planifiée dans votre budget professionnel.
Le calcul des indemnités journalières en cas d’arrêt de travail
Lorsque vous choisissez une prévoyance pour activité libérale, le point central reste le montant des indemnités journalières. Celles-ci sont, en principe, calculées à partir de votre revenu professionnel déclaré (BNC ou rémunération de gérant), sur la base d’un pourcentage de ce revenu. Les assureurs exigent une cohérence entre votre revenu assuré et votre revenu réel : dans la pratique, on conseille rarement de dépasser 70 à 80 % de votre bénéfice moyen pour éviter tout risque de sur‑assurance et de refus partiel d’indemnisation.
Vous aurez le choix entre deux grands types de contrats : les contrats indemnitaires, qui complètent ce que verse le régime obligatoire jusqu’au plafond prévu, et les contrats forfaitaires, qui versent le montant souscrit sans tenir compte des autres prestations. Les contrats forfaitaires sont plus simples à comprendre et offrent une meilleure visibilité, mais ils sont en général un peu plus chers. Les indemnitaires, eux, demandent davantage de justificatifs (avis d’imposition, attestations CPAM) au moment du sinistre, ce qui peut retarder le versement des prestations.
Pour un consultant qui dégage 4 000 € de bénéfice mensuel, assurer 3 000 € de revenus via une prévoyance peut, par exemple, permettre de couvrir le loyer, les charges sociales et les dépenses familiales essentielles. Vous pouvez aussi moduler le montant selon la durée de l’arrêt : une indemnité plus basse les premiers mois, puis plus élevée au-delà de six ou douze mois, quand vos réserves personnelles sont épuisées. Cette approche par paliers, désormais proposée par plusieurs assureurs, offre un bon compromis entre protection et coût de la prévoyance.
La franchise et le délai de carence dans les contrats de prévoyance
Autre élément clé : la distinction entre franchise et délai de carence. La franchise correspond au nombre de jours d’arrêt de travail à partir desquels vos indemnités commencent à être versées. Pour un travailleur non salarié, les franchises classiques en cas de maladie vont de 15 à 30 jours, tandis que pour un accident ou une hospitalisation, elle est souvent de 0 à 3 jours. Plus la franchise est courte, plus la cotisation de prévoyance est élevée : il s’agit d’un levier puissant pour adapter le prix à votre budget.
Le délai de carence, lui, intervient au moment de la signature du contrat. Il s’agit de la période (souvent 1 à 3 mois pour la maladie, 6 à 9 mois pour la grossesse pathologique, jusqu’à 12 mois pour certains troubles psychiques) durant laquelle, même si vous payez votre cotisation, les garanties ne sont pas encore actives. Cette période vise à éviter que l’on souscrive une prévoyance alors qu’un problème de santé est déjà connu. En pratique, cela signifie que plus vous souscrivez tôt dans votre carrière libérale, mieux vous êtes protégé.
Comment arbitrer entre budget et niveau de protection ? Une bonne approche consiste à accepter une franchise un peu plus longue sur les arrêts de courte durée, que vous pouvez absorber avec votre trésorerie, et à concentrer votre effort de cotisation sur les arrêts longs, ceux qui menacent vraiment la viabilité de votre activité. Vous pouvez par exemple opter pour une franchise de 30 jours en cas de maladie et 3 jours en cas d’accident/hospitalisation : vous réduisez ainsi le coût du contrat tout en restant bien protégé face aux situations les plus graves.
Les garanties complémentaires : invalidité permanente et incapacité temporaire
Au‑delà des indemnités journalières, une prévoyance pour activité libérale doit impérativement couvrir l’invalidité. En cas d’accident ou de maladie grave laissant des séquelles durables, c’est la rente invalidité qui prend le relais jusqu’à l’âge légal de la retraite. Le taux d’invalidité est déterminé selon un barème, qui peut être fonctionnel (impact sur la vie quotidienne), professionnel (impact sur votre métier) ou croisé. Pour les activités physiques ou très techniques (coach sportif, photographe, ergothérapeute, ostéopathe), le barème professionnel est souvent plus protecteur, car il tient compte de l’incapacité à exercer précisément votre activité, même si vous restez autonome au quotidien.
Selon les contrats, la rente peut être déclenchée à partir de 20, 33 ou 66 % d’invalidité. Un seuil à 66 % est souvent insuffisant pour un libéral, car une invalidité de 40 ou 50 % peut déjà réduire drastiquement vos capacités de travail et donc vos revenus. Nous recommandons, dans la mesure du budget disponible, de viser un déclenchement à 20 ou 33 %, afin d’être indemnisé même en cas d’invalidité partielle. La rente invalidité vient alors compléter éventuellement une rente versée par votre caisse (CIPAV, par exemple), dont les montants restent généralement modestes.
Certains contrats de prévoyance pour professions libérales prévoient aussi une garantie d’incapacité partielle ou de mi‑temps thérapeutique. Concrètement, si vous reprenez votre activité à temps partiel après un arrêt total, l’assureur peut continuer à verser une partie des indemnités afin de compenser la baisse de revenu liée à ce temps partiel. Pour un consultant ou un formateur dont les prestations sont facturées à la journée, cette garantie peut faire la différence entre une reprise progressive sereine et une reprise précipitée, dictée uniquement par la nécessité financière.
Analyse comparative des contrats de prévoyance madelin et TNS
Le dispositif fiscal madelin : déductibilité et plafonds de cotisations
Historiquement, de nombreux contrats de prévoyance pour professions libérales étaient labellisés « Madelin ». Ce dispositif permettait de déduire des bénéfices imposables les cotisations versées au titre de la prévoyance et de la mutuelle, dans la limite d’un plafond. Même si la commercialisation des nouveaux contrats Madelin a été arrêtée fin 2019, le mécanisme de déductibilité reste en pratique pour les contrats souscrits avant cette date, et l’esprit du dispositif continue d’inspirer la fiscalité des TNS.
Le plafond de déductibilité se calcule selon la formule suivante : 3,75 % du revenu professionnel auquel s’ajoutent 7 % du PASS, dans la limite de 3 % de 8 PASS. En 2026, le PASS est fixé à 48 060 €, ce qui permet d’atteindre un plafond global de déduction de plus de 11 000 € par an pour la prévoyance et la santé confondues. Concrètement, cela veut dire qu’une partie importante de vos cotisations de prévoyance libérale est payée, in fine, par l’économie d’impôt générée.
Il faut néanmoins garder à l’esprit une contrepartie importante : les prestations perçues (indemnités journalières, rentes d’invalidité) sont, en principe, soumises aux charges sociales et à l’impôt sur le revenu, puisqu’elles remplacent un revenu professionnel. Autrement dit, vous transformez une charge professionnelle déductible aujourd’hui en un revenu imposable demain. L’avantage fiscal reste réel, surtout pour les contribuables imposés dans les tranches supérieures, mais il doit être intégré dans votre réflexion globale sur la prévoyance et la fiscalité de votre activité libérale.
Les garanties proposées par april, allianz et generali pour les TNS
Sur le marché de la prévoyance TNS, plusieurs assureurs se distinguent par des offres spécifiquement adaptées aux professions libérales non réglementées, comme April, Allianz ou Generali. Même s’il n’est pas possible de détailler ici chaque produit, certaines grandes tendances se dégagent. April, par exemple, se positionne souvent sur des contrats modulables, avec une bonne prise en charge des affections psychiques et des options intéressantes pour le mi‑temps thérapeutique, ce qui parle à de nombreux indépendants soumis au risque de burn‑out.
Allianz met davantage l’accent sur la personnalisation du capital décès et des rentes éducation ou rentes de conjoint, tout en proposant des niveaux d’indemnités journalières ajustables à la hausse pour les hauts revenus libéraux. Generali, de son côté, se distingue par des contrats de prévoyance avec plusieurs niveaux de garanties prédéfinis, permettant de choisir rapidement un « pack » protection en fonction du budget et du profil de risque. Dans tous les cas, la logique reste la même : combiner un socle commun (arrêt de travail, invalidité, décès) et des options pour coller au plus près de votre métier et de votre situation familiale.
Comment comparer ces contrats entre eux ? Au‑delà du tarif, vous devez regarder de près le mode de calcul de l’invalidité (fonctionnel, professionnel ou croisé), l’existence ou non de limitations sur les affections dorsales et psychiques, les franchises proposées en cas de maladie ou d’accident, et la flexibilité pour augmenter vos garanties en cours de contrat. Un contrat légèrement plus cher mais mieux adapté à votre risque réel (par exemple si vous travaillez beaucoup sur ordinateur ou sous stress) sera, à long terme, plus « rentable » qu’une formule bon marché mais truffée d’exclusions.
Les tableaux de garanties : taux de couverture et prestations forfaitaires
Les tableaux de garanties fournis par les assureurs sont souvent denses et techniques, mais ils constituent la « carte d’identité » de votre prévoyance libérale. Ils listent, pour chaque risque (incapacité temporaire, invalidité, décès), les montants, les plafonds et les conditions d’indemnisation. En pratique, il est utile de les lire comme un tableau de bord : pour chaque ligne, demandez‑vous « est‑ce que ce montant me permettrait vraiment de maintenir mon niveau de vie ? » ou encore « ce plafond couvre‑t‑il au moins mes charges fixes et le minimum vital pour ma famille ? ».
Les prestations forfaitaires en cas d’arrêt de travail ou d’invalidité ont l’avantage d’être connues à l’avance. Si le tableau indique, par exemple, 120 € d’indemnité journalière forfaitaire en cas d’arrêt, vous savez que vous percevrez 3 600 € par mois (sur une base de 30 jours), quelle que soit la part prise en charge par le régime obligatoire. Les prestations indemnitaires, au contraire, sont exprimées comme un pourcentage de votre revenu de référence, après déduction des IJ de la Sécurité sociale. Elles peuvent être plus protectrices si vos revenus augmentent dans le temps, à condition d’actualiser régulièrement le revenu assuré.
Ne négligez pas les petites lignes des tableaux : certaines garanties ne se déclenchent qu’au‑delà d’un certain taux d’invalidité, d’autres sont limitées dans le temps (par exemple, indemnisation maximale de trois ans en cas d’incapacité temporaire). L’analogie la plus parlante est celle d’un contrat de location de voiture : le prix de base peut sembler attractif, mais c’est dans les détails des franchises, plafonds et exclusions que se joue vraiment le niveau de protection. Un courtier ou un conseiller spécialisé peut vous aider à décrypter ces tableaux et à les comparer « à garanties équivalentes ».
La portabilité des droits lors d’un changement de statut juridique
Dans une carrière libérale, il est fréquent d’évoluer : passage de la micro‑entreprise à l’EURL ou à la SASU, association en SELARL, changement d’activité, voire retour au salariat. La question se pose alors : que deviennent vos garanties de prévoyance TNS ? La portabilité des droits, c’est‑à‑dire la possibilité de conserver votre contrat et vos garanties malgré un changement de statut juridique, varie fortement d’un assureur à l’autre.
Certains contrats prévoient une transformation automatique en prévoyance « individuelle » lorsque vous quittez votre statut de TNS, avec maintien de l’antériorité médicale (un atout précieux si votre santé s’est dégradée entre‑temps). D’autres imposent une résiliation pure et simple, vous obligeant à souscrire un nouveau contrat avec un nouveau questionnaire médical. Dans ce cas, vous risquez de vous voir appliquer des surprimes, des exclusions, voire un refus si un problème de santé est survenu.
Avant de signer un contrat de prévoyance pour votre activité libérale, interrogez donc systématiquement l’assureur sur la portabilité en cas de changement de statut : passage en société, embauche en CDI, cumul emploi‑retraite, etc. Une bonne prévoyance ne se contente pas de vous couvrir aujourd’hui ; elle doit aussi pouvoir s’adapter aux grandes étapes de votre vie professionnelle, sans vous obliger à tout recommencer de zéro.
La sélection médicale et les exclusions de garantie en prévoyance libérale
Le questionnaire de santé et la déclaration des antécédents médicaux
La souscription d’une prévoyance pour profession libérale passe presque toujours par un questionnaire de santé. C’est une étape incontournable : l’assureur y évalue votre profil de risque en fonction de vos antécédents médicaux, de vos traitements en cours, de votre IMC, de vos habitudes de vie (tabac, sports à risque, etc.). En fonction des réponses, il peut demander des examens complémentaires (compte‑rendu d’hospitalisation, bilan cardiologique, analyse biologique), surtout pour des capitaux décès élevés ou des rentes importantes.
La règle d’or est simple : la transparence totale. Une omission ou une déclaration inexacte peut être considérée comme une réticence ou une fausse déclaration, avec à la clé la possibilité pour l’assureur de réduire, voire de refuser l’indemnisation au moment d’un sinistre. Mieux vaut donc mentionner un ancien problème de dos ou un épisode de dépression bien résolu, quitte à se voir appliquer une petite surprime, plutôt que de risquer un litige ultérieur. C’est un peu comme poser les fondations d’une maison : si elles sont bancales, toute la structure est fragilisée.
Pour les libéraux qui ont déjà connu des arrêts de travail significatifs (plus de 15 jours) ou des pathologies chroniques, l’accompagnement par un courtier habitué à la sélection médicale est particulièrement précieux. Il saura vous orienter vers les assureurs les plus ouverts à certains profils (surpoids, antécédents psychiques, pathologies articulaires) et négocier, le cas échéant, des acceptations avec exclusions ciblées plutôt qu’un refus pur et simple.
Les surprimes et ajournements liés aux pathologies préexistantes
Lorsque le questionnaire de santé révèle un risque plus élevé que la moyenne, l’assureur dispose de plusieurs leviers. Il peut accepter le dossier aux conditions standard, appliquer une surprime (augmentation du tarif) pour compenser le risque, prononcer une exclusion partielle (par exemple, exclure les conséquences d’une hernie discale déjà opérée) ou, dans les cas les plus lourds, ajourner voire refuser l’adhésion. L’ajournement signifie que l’assureur diffère sa décision et vous invite à revenir vers lui après un certain délai, souvent un à deux ans sans récidive ni arrêt de travail.
Du point de vue du libéral, ces décisions peuvent être frustrantes, mais elles reflètent la logique assurantielle : le contrat repose sur la mutualisation d’un risque incertain. Plus le risque est prévisible (par exemple, une pathologie évolutive ou un risque de rechute à court terme), plus l’assureur sera prudent. La bonne nouvelle est qu’il existe une forte hétérogénéité entre acteurs : là où un assureur refusera un profil, un autre pourra proposer une acceptation avec surprime raisonnable. D’où l’intérêt de ne pas se limiter à un seul devis.
En pratique, il peut être pertinent de prioriser ce qui doit absolument être couvert. Si vous avez des antécédents sérieux sur une zone précise (dos, genou, pathologies cardio‑vasculaires), vous pouvez accepter une exclusion ciblée sur cette zone en échange d’un maintien du tarif et d’une bonne couverture sur tous les autres risques. L’important est de sécuriser un socle de prévoyance libérale solide, même si tout n’est pas couvert à 100 %.
Les exclusions spécifiques : affections dorsales et troubles psychiques
Deux familles de pathologies concentrent une grande partie des exclusions en prévoyance pour travailleurs indépendants : les affections dorsales et les troubles psychiques. Beaucoup de contrats n’indemnisent ces pathologies que sous certaines conditions (hospitalisation, intervention chirurgicale, arrêt de travail supérieur à une durée donnée), voire les excluent complètement sans option spécifique. Or, ces risques sont particulièrement fréquents chez les professions libérales : lombalgies chez les praticiens qui travaillent debout, burn‑out chez les consultants ou les thérapeutes, etc.
Heureusement, plusieurs assureurs proposent désormais des options « dos » et « psy » permettant de lever tout ou partie de ces restrictions. Leur coût n’est pas négligeable (compter souvent 10 à 20 % de majoration sur la cotisation), mais l’enjeu est majeur : une grande partie des litiges entre assurés et compagnies d’assurance porte précisément sur ces pathologies. Avant de signer, il est donc indispensable de lire attentivement les conditions générales et de vérifier, noir sur blanc, comment sont traitées les lombalgies, les dépressions, les troubles anxieux ou les syndromes d’épuisement professionnel.
Posez‑vous une question simple : « si demain je devais être arrêté pour un problème de dos ou un burn‑out, serais‑je vraiment indemnisé avec ce contrat ? ». Si la réponse n’est pas clairement oui, mieux vaut revoir votre choix de prévoyance ou ajouter les options nécessaires. Pour un libéral, le dos et la santé mentale sont souvent les « maillons faibles » de la chaîne de protection : les ignorer revient à laisser ouverte une brèche importante dans votre filet de sécurité.
Les garanties décès et rente éducation pour les travailleurs indépendants
Au‑delà de votre propre maintien de revenus, une bonne prévoyance libérale doit aussi protéger ceux qui dépendent de vous financièrement. La garantie décès prévoit le versement d’un capital à vos bénéficiaires (conjoint, partenaire de PACS, enfants, voire associés) en cas de disparition prématurée. Le montant peut être exprimé en multiple de votre revenu annuel (2, 3 ou 4 fois votre bénéfice) ou en capital libre. L’objectif est de permettre à votre famille de faire face aux échéances immédiates (crédit immobilier, frais de succession, impôts) et de maintenir son niveau de vie pendant la phase de réorganisation.
Beaucoup de contrats de prévoyance pour professions libérales proposent en option une rente éducation. Il s’agit d’un versement régulier à vos enfants jusqu’à un âge déterminé (souvent 18, 21 ou 25 ans en cas de poursuite d’études). Cette rente vise à financer les frais scolaires, les études supérieures, voire une partie des dépenses courantes. Vous pouvez généralement choisir le montant (par exemple 500, 1 000 ou 1 500 € par mois et par enfant) en fonction de vos ambitions éducatives et de votre budget de cotisation.
Il existe également des rentes de conjoint, versées au partenaire survivant jusqu’à la retraite, et des avances pour frais d’obsèques. Là encore, quelques chiffres concrets aident à se projeter : une rente éducation de 800 € par mois pendant 10 ans pour deux enfants représente déjà plus de 190 000 € versés au total. Plutôt que de raisonner uniquement en capital décès global, il peut être utile de combiner un capital initial (pour solder les crédits) et des rentes régulières, plus alignées sur les besoins récurrents de votre foyer.
Prévoyance collective versus individuelle : optimisation fiscale et sociale
Lorsque votre activité libérale évolue et que vous exercez via une société (SELARL, SASU, SARL, etc.), une autre question émerge : faut‑il privilégier une prévoyance individuelle au nom du dirigeant, ou mettre en place une prévoyance collective au niveau de l’entreprise ? Les deux dispositifs coexistent, avec des logiques fiscales et sociales différentes. La prévoyance individuelle TNS est rattachée à votre statut de travailleur non salarié : les cotisations sont supportées par vous et éventuellement déductibles dans le cadre du dispositif type Madelin.
La prévoyance collective, elle, est souscrite par l’entreprise au profit de l’ensemble des salariés (et parfois des dirigeants assimilés salariés). Les cotisations patronales sont déductibles du résultat imposable de la société et, sous certaines conditions, partiellement exonérées de charges sociales. Pour un cabinet libéral qui emploie plusieurs collaborateurs, mettre en place un régime de prévoyance collective permet d’offrir un avantage social attractif tout en optimisant la fiscalité de la structure. En parallèle, le dirigeant peut conserver une prévoyance individuelle pour compléter sa protection personnelle.
La bonne stratégie consiste souvent à combiner les deux niveaux. La prévoyance collective assure un socle commun (décès, invalidité, incapacité) pour tout le personnel, à un tarif mutualisé avantageux. La prévoyance individuelle vient, elle, affiner la couverture du chef d’entreprise libéral en fonction de ses revenus, de ses responsabilités et de sa situation familiale. Comme pour les briques d’un mur, c’est l’assemblage cohérent de ces dispositifs qui crée une protection globale solide, sans doublons inutiles ni failles béantes.
Les organismes de prévoyance spécialisés : CAVP, CARMF et caisses professionnelles
Enfin, il est important de rappeler le rôle des caisses professionnelles dans la protection des professions libérales, même non réglementées. Certaines caisses, comme la CAVP (pharmaciens), la CARMF (médecins), la CARPIMKO (paramédicaux) ou la CIPAV (une partie des professions non réglementées), assurent à la fois la retraite et une part de la prévoyance (invalidité, décès, parfois indemnités journalières au‑delà de 90 jours). Toutefois, ces prestations restent souvent limitées en montant et en conditions de déclenchement.
Pour les professions libérales réglementées, ces organismes constituent le socle minimal de protection, mais ne suffisent pas à maintenir un niveau de vie confortable en cas de sinistre lourd. Pour les professions non réglementées rattachées à la Sécurité sociale des indépendants ou à la CIPAV, la situation est encore plus marquée : l’indemnisation en cas d’arrêt de travail ou d’invalidité couvre rarement plus de la moitié du revenu habituel, et parfois beaucoup moins. D’où l’importance de bien connaître ce que prévoit votre caisse avant de calibrer votre prévoyance complémentaire.
La démarche la plus efficace consiste à réaliser un bilan prévoyance : recenser les prestations de votre régime obligatoire (CPAM + caisse professionnelle), estimer vos charges fixes et vos besoins personnels, puis dimensionner votre contrat de prévoyance libérale en conséquence. Vous pouvez alors décider, en toute connaissance de cause, du montant d’indemnités journalières à assurer, du niveau de rente invalidité à viser, et du capital décès à prévoir pour vos proches. En tant qu’indépendant, vous êtes, en quelque sorte, votre propre « DRH » : choisir la bonne prévoyance, c’est construire, pierre après pierre, votre sécurité financière et celle de votre famille.